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Petite histoire d’une migration 4 – Saint-Nazaire

Petite histoire d’une migration 4 – Saint-Nazaire Posted on 28 septembre 2021Leave a comment

Cet article est la suite de :

L’arrivée à Saint-Nazaire

Gustine MICHON est donc partie des Sables d’Olonne entre 1892 et 1901. Elle s’installe à Saint-Nazaire avec le plus jeune des fils Plévent, Ludovic, et les 2 ainés Arsonnaud, Suzanne et Samuel, comme l’atteste le recensement de 1901.

Recensement de 1901 à Saint-Nazaire – Rue d’Anjou

Transcription
– Michon, Augustine, 48 ans, chef, SP (sans profession)
– Arsonneau, Gabriel, 15 ans, enfant, vannier, M. Fouchard
– Arsonneau, Augustine, 14 ans, Brodeuse
– Plévent, Ludovic, 20 ans, beau-fils, marin, CGT

Que nous apprend ce recensement ?

– La famille s’est installée rue d’Anjou
– Gustine (nommée ici Augustine) a 48 ans, elle est cheffe de famille et sans profession
– Gabriel a 15 ans, il est vannier (comme son père) chez M. Fouchard. C’est bien notre Samuel Gabriel.
– Augustine a 14 ans, elle est brodeuse
– Ludovic Plévent a 20 ans, il est marin. Je n’ai pas trouvé sa fiche « d’inscription maritime », mais « CGT » dans la colonne employeur, veut certainement dire « Compagnie Générale Transatlantique », présente à cette époque à St Nazaire.

Les absents :

– Pierre Plévent, 22 ans, est apparemment resté aux Sables-d’Olonne, où il est marin, comme son père.
– Esther Arsonneau, 12 ans, est restée chez sa tante à St-Gilles-sur-Vie. Pourquoi ? Mystère…

Recensement de 1901 à St-Gilles-sur-Vie

Plusieurs fois, Samuel Gabriel Arsonnaud est nommé par son 2ème prénom, Gabriel.
C’était donc son « prénom usuel ». Avec son père, et son fils aîné qui naîtra en 1910, on a donc une succession de 3 Gabriel de père en fils.

1903 et 1905, les 2 frères Plévent se marient

1903 – Pierre épouse Médéa

Le premier des enfants à se marier est Pierre, 24 ans, qui épouse Médéa Francheteau le 15 avril 1903 aux Sables d’Olonne. Elle a 17 ans et est couturière.
Sur l’acte de mariage, il est indiqué que Pierre est marin, domicilié de fait aux Sables d’Olonne, et de droit à Saint Nazaire, chez sa mère Gustine Michon. Ce qui veut dire que travaillant aux Sables, il y est domicilié, chez son patron ou dans une pension, comme beaucoup d’apprentis ou de mousses sur les bateaux.
Pierre et Médéa auront 4 enfants, entre 1904 et 1909.

Famille Plévent / Francheteau

J’en profite ici pour remercier Claude Baudry, descendant de Pierre et Médéa, et donc cousin car descendant comme moi de Gustine Michon. Nous avons échangé nos informations, et j’ai pu en apprendre un peu plus sur les Plévent.

1905 – Ludovic épouse Malvina

Le 2 octobre 1905, c’est au tour de Ludovic d’épouser Malvina Golias, lui aussi aux Sables d’Olonne.
Malvina a 19 ans, et Ludovic 24. Il est marin, et lui aussi demeure de fait aux Sables, et de droit à St Nazaire. Il est donc revenu aux Sables entre 1901 et 1905, en suivant son frère.
Ludovic et Malvina auront eux aussi 4 enfants, entre 1905 et 1907.

Recensements de 1906

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A St Nazaire, Gustine, Gabriel et Augustine habitent toujours rue d’Anjou. Gustine travaille comme blanchisseuse, Gabriel est maintenant manoeuvre et Augustine toujours brodeuse.

Aux Sables d’Olonne, Eugène Plévent et sa famille habitent rue des Rochers.

On a là aussi confirmation au fil des recensements, que Pierre Auguste Eugène Plévent n’utilise pas son 1er prénom, mais le 3ème, Eugène, comme prénom usuel.

Par contre, pas de trace en 1906 de Ludovic et de sa famille aux Sables, ils habitent certainement une petite commune à coté, mais je n’ai pas encore trouvé où.

Pas de trace d’Esther non plus. En 1901, elle habitait à St-Gilles sur Vie chez ses oncle et tante, la soeur de sa mère. Mais en 1905, ils décèdent tous les 2, sa tante Aimée en janvier et son oncle Ludovic en décembre. Elle a alors 18 ans. Que fait elle ensuite ? Elle n’est pas allée rejoindre sa mère, et a certainement trouvé un emploi de domestique, mais où, chez qui ?

En 1908 et 1909, les enfants Arsonnaud se marient à leur tour

1908 : Suzanne épouse Louis DENIS

Suzanne épouse donc Louis Denis à St Nazaire, le 5 juin 1908.
Elle a 22 ans, et habite rue Villes Martin, avec Louis Denis, et sa mère Gustine.

Louis Denis est né en 1881 à Ruffiac, dans le Morbihan. Ruffiac est un village au nord de La Roche Bernard, pas très loin de Ploërmel.
Il est navigateur, et embarquera entre 1911 et 1913 sur le vapeur « Espagne ». D’abord comme garçon, puis comme chef de section. J’en déduis donc qu’il est au service restauration du paquebot.

Suzanne et Louis auront 1 fils en 1909, Louis, qui malheureusement ne vivra qu’une journée.

Lors de leur mariage, Gabriel Arsonnaud, le père de Suzanne et ex-mari de Gustine, n’est pas présent. Il a quand même donné son consentement au mariage, à distance depuis Chateauneuf sur Loire, près d’Orléans.

Extrait de l’acte de mariage de Suzanne Arsonnaud et Louis Denis, mention du consentement du père

1909 : Gabriel épouse Louise GOURET

En 1909, c’est au tour de Samuel Gabriel de se marier. Je l’appellerai dorénavant Gabriel, son prénom usuel .
Gabriel à 24 ans. Il est employé, et habite rue de la Paix à St-Nazaire, avec sa mère Gustine.
Son père est toujours absent, et comme l’année précédente pour Suzanne, il donne consentement au mariage depuis Chateauneuf sur Loire.

Marie Louise Amélie GOURET a 24 ans, elle est née à La Turballe. Employée de commerce, elle habite St-Nazaire, rue d’Anjou. Elle travaillait dans cette même rue, chez un boulanger, au recensement de 1906. Elle est l’ainée de 9 enfants.

Gabriel et Louise auront 3 enfants :
– Gabriel, en 1910. Il donnera donc le même prénom à son fils, en faisant ainsi le 3e Gabriel de suite.
– Louis, en 1912
– et Simone en 1927.
Tous les 3 naissent à Saint-Nazaire.

Le mystère Gabriel, l’aïeul né à Marennes en 1852 : à partir de 1909, plus aucune trace de lui.
Depuis les consentements aux mariages de ses enfants, faits en mairie de Châteauneuf-sur-Loire, plus aucune trace de lui. Que faisait-il là-bas ? Qu’a-t-il fait après ? Mystère, mystère …

Recensement de 1911

Les Arsonnaud habitent Saint Nazaire

Gabriel, Louise et le petit Gabriel (10 mois) habitent toujours rue d’Anjou.

Saint-Nazaire 1911, rue d’Anjou

Suzanne et Louis Denis habitent toujours rue Villes Martin.
Notons que l’agent recenseur a fait une erreur : il a mis Dréfféac comme commune de naissance de Louis, alors que j’ai bien la confirmation par son acte de naissance qu’il est né à Ruffiac, Morbihan …

Saint-Nazaire 1911, rue Villes-Martin

Gustine quand à elle, habite rue du Phalanstère à St-Nazaire.
Cette rue a été rebaptisée rue Jeanne-d’Arc bien avant 1940, et correspond à l’actuelle rue Jeanne-d’Arc.

Saint-Nazaire 1911, rue du Phalanstère

Sur un ancien plan de Saint-Nazaire, on voit que la rue Villes-Martin correspond à l’avenue du Général de Gaulle d’aujourd’hui.
La rue d’Anjou, elle, semble être à la même place que celle d’aujourd’hui.
Avant guerre, le centre ville se concentrait autour de la place Marceau.

Les Plévent habitent Les Sables d’Olonne

Sables d’Olonne 1911 – Rue du Chateau d’Eau

Eugène et Médéa habitent rue du Château d’Eau. Ils ont eu un quatrième enfant depuis le recensement de 1906. Les 4 enfants sont maintenant âgés de 2 à 7 ans.

Sables d’Olonne 1911, rue des Rochers



Ludovic, Malvina et leur 2 premiers enfants (2 et 4 ans) habitent rue des Rochers

La rue des Rochers s’appelle rue du Va’a depuis décembre 2018, date de la fusion des 3 communes des Sables-d’Olonne, du Château-d’Olonne et de Olonne-sur-Mer.
Quand à la rue du Château-d’eau, elle a changé de nom depuis bien plus longtemps, et je ne sais pas à quelle rue elle correspond aujourd’hui.

1914 – Le décès de Eugène Plévent

Juste avant l’entrée en guerre de la France, qui aura lieu le 5 novembre 1914, la famille est une première fois endeuillée.

Eugène Plévent décède le 8 juillet 1914, à seulement 35 ans.
La famille habitait alors Rue de la Matte, à Saint-Nazaire. Ils avaient donc déménagé des Sables d’Olonne depuis le recensement de 1911. Médéa a 28 ans, les 4 enfants entre 5 et 10 ans.
Je n’ai aucune information sur son décès. Maladie ? Accident ? Tout est possible.

La 1ère guerre mondiale

+ Ludovic Plévent, juillet 1916.

Le premier à décéder est Ludovic. Il meurt des suites de ses blessures le 16 juillet 1916. Il était Caporal au 2e régiment d’infanterie coloniale.
Ce régiment, un régiment de marine, est considéré aujourd’hui comme l’un des régiment martyrs de 14-18, présent sur les fronts les plus rudes et les plus meurtriers. En juillet 1916, il a participé à la bataille de la Somme.

Sources :
– Site Mémoire des hommes : https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
– Site horizon14-18.eu : https://horizon14-18.eu/wa_files/2_ric_1914-1918.pdf
– Site memorial-national-des-marins.fr : https://memorial-national-des-marins.fr/c/184436-2eme-regiment-d-infanterie-coloniale-1914-1918

+ Louis Denis, octobre 1918

Louis Denis, le mari de Suzanne Arsonnaud, meurt à son tour le 10 octobre 1918 dans les Ardennes. Sa fiche sur le site « Mémoire des hommes » indique sobrement : Tué à l’ennemi. Il tombe malheureusement 1 mois avant l’armistice du 11 novembre 1918.
Il était Caporal au 264e régiment d’infanterie. Ce régiment combattait en Champagne en octobre 1918.

Dans les archives des « fiches matricules », qui retracent la carrière des soldats, il est noté après la mention de son décès :

A fait preuve dans maintes circonstances de courage et de dévouement, ravitaillant deux fois par jours ses camarades jusqu’en 1ère ligne, malgré la canonnade intense qui lui barrait le chemin.

Il a été décoré, à titre posthume, de la Croix de Guerre avec étoile de Bronze.

Gabriel Arsonnaud a lui aussi été mobilisé. Voici son parcours militaire :

En octobre 1906, Gabriel débute ses 2 ans de service militaire au 25e régiment d’infanterie. De soldat, il passe caporal en juillet 1907. Il termine son service en septembre 1908.

Il est mobilisé en aout 1914, et détaché aux Chantiers de La Buire, à Lyon. Cette usine automobile a fourni des véhicules et des remorques à l’armée pendant le conflit.

En juillet 1917, il intègre le 86e régiment d’artillerie lourde. D’après ce que j’ai pu trouver sur le site de la BNF (Bibliothèque Nationale de France), ce régiment aurait été positionné dans la région de Verdun à partir de juillet 1917, après la trop célèbre bataille de Verdun (de février à décembre 1916).

Source :
Le site gallica.bnf.fr de la Bibliothèque Nationale de France, possède un fascicule, l’Historique de 86e Régiment d’Artillerie Lourde : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k63271304

Je ne sais pas à quelle date il est démobilisé, mais il rentre à Saint-Nazaire.

Sur ces 2 fils et son gendre, Gustine ne voit donc revenir de cette guerre que son fils Gabriel. Malheureusement comme beaucoup de familles …

L’entre 2 guerres

Recensement de 1921 : Où habitent ils ?

Gustine habite Saint Nazaire, rue Jeanne d’Arc :

Extrait du recensement de St-Nazaire, 1921, rue Jeanne d’Arc

Malvina Plévent, veuve de Ludovic, et ses 4 enfants, habitent Saint Nazaire, rue Petite Bretagne :

Extrait du recensement de St-Nazaire, 1921, rue Petite Bretagne

Gabriel Arsonnaud habite lui aussi Saint Nazaire, rue Vieille Eglise :

Extrait du recensement de St-Nazaire, 1921, rue Vieille Eglise

Suzanne se remarie en novembre 1922

Veuve de guerre de 36 ans, Suzanne ARSONNAUD, épouse à Paris Daniel DE KNOOP, un Belge de 30 ans. (Pourquoi Paris ? je n’ai pas encore trouvé de réponse.)
Ils habitent alors ensemble rue Henrion de Pansey.

La rue Henrion de Pansey porte le nom d’un officier de Napoléon. Elle a depuis disparue, lors de l’agrandissement de la gare Montparnasse.



Est témoin à leur mariage, la petite sœur Esther ARSONNAUD. Les 2 soeurs sont donc restées en contact toutes ces années semble-t-il.

Esther habite Versailles, où elle est femme de chambre. Je l’ai effectivement retrouvé dans le recensement de 1921 : elle est alors domestique chez la famille DELAJON, rue Pourvoirie. Le père, Julien DELAJON, est marchand de vins. A noter, l’orthographe du nom écrit par l’agent recenseur : ARCENNAU.

Extrait du recensement de Versailles, 1921, rue de la Pourvoirie

Rappelez-vous, on n’avait plus de nouvelles d’Esther depuis 1901, année où elle habitait chez sa tante à St-Gilles-sur-Vie. Qu’a t elle donc fait pendant ses 20 années ? Quand est-elle « montée » à Paris ?

J’ai effectué quelques recherches sur la famille DELAJON, pour tenter de retrouver Esther à d’autres années. Je n’ai malheureusement rien trouvé.

Il y a une autre erreur sur le recensement de la famille DELAJON à Versailles : comme prénom de l’épouse, il est indiqué « Bagneaux ». L’agent recenseur s’est un peu mélangé les pinceaux. Bagneaux est en fait le lieu de naissance de la 1ère femme de Julien, Bagneaux sur Loing (Seine et Marne), et sa femme s’appelait Berthe SACAVIN. Nom prédestiné pour la femme d’un marchand de vin ?

Sa 2e femme en 1921 est Léontine GOURET. GOURET, comme mon arrière-grand-mère, mais c’est un nom répandu, et il n’y a aucun lien entre elles, du moins pas à ma connaissance. Léontine elle-même veuve de guerre, avait un fils de son 1er mari, Pierre JAGLIN, qui vit avec eux en 1921.


Ce sont les circonstance de la mort de Berthe qui sont particulières : Julien DELAJON était sur le front en 1918. Berthe fut assassinée par un voleur s’étant introduit chez elle pour lui voler la recette de la journée.

Son corps ayant été découvert par sa bonne, je me suis demandé si celle-ci ne pouvait pas être Esther ARSONNAUD. Mais je n’ai encore rien trouvé dans ce sens.

Conclusion

Nous voilà arrivés il y a 100 ans. La règle voulant que sur Internet ce soit la période de confidentialité, je m’arrête donc ici. Voici juste quelques brèves informations tout de même pour terminer :

  • Gustine MICHON décède à Saint-Sébastien en 1934, à 80 ans. Elle habitait chez sa fille Suzanne en 1931.
  • Suzanne ARSONNAUD meurt à son tour en 1935, elle a 49 ans.
  • Mes arrières-grand-parents Samuel ARSONNAUD et Louise GOURET décèdent respectivement en 1970 et 1978, à 84 et 93 ans.
  • Esther ARSONNAUD décède en 1973, à Marseille, à 85 ans. Son mystère continue : comment s’est-elle retrouvée à mourir si loin de sa famille ?

J’espère que vous aurez eu autant de plaisir à lire cette histoire, que moi à l’écrire. Bien sûr, celle-ci n’est pas terminée, et elle ne le sera jamais vraiment, avec toutes les questions restées en suspend …

Christophe, sept 2021

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